Traductions juridiques et informatiques

Master TILT : parcours d’une diplômée de la première promotion

publié par Gwendoline Clavé le 28 octobre 2022

Traduction » Formation initiale Entrepreneuriat

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Le mois dernier, la responsable du master Traitement de l’information, linguistique, traduction (TILT) de l’université de Toulon m’a invitée à intervenir devant ses élèves de deuxième année. En 2012-2014, j’avais fait partie de la toute première promotion de ce master en traduction et linguistique informatique, à l’époque où il s’appelait encore « Langue appliquée ».

Cette intervention m’a donné l’occasion de revenir sur les grandes étapes de mon parcours (traduction juridique, linguistique informatique et gestion de projet SEO) et les différentes stratégies mises en œuvre au cours de ces huit années.


Au programme


Formation initiale et choix de la traduction

Passionnée par l’anglais depuis mon plus jeune âge, je suis sortie du lycée avec un objectif très vague : approfondir ma connaissance de cette langue pour trouver un métier qui me permettrait de l’utiliser au quotidien. Je m’intéressais aussi à la création de sites web, mais je ne voyais pas comment combiner les deux.

Si j’avais su à l’époque que je voudrais plus tard devenir traductrice juridique, j’aurais pu envisager une double licence en droit et langues ou une école de traduction. Je serais toutefois passée à côté d’autres domaines passionnants, comme la linguistique informatique et le référencement naturel (SEO).

Avant le master, la licence LLCE anglais

Sans projet précis, j’ai d’abord choisi la licence Langues étrangères appliquées (LEA) avec le japonais comme troisième langue, mais cette formation ne me correspondait pas. Je me suis donc réorientée vers la licence Langues, littératures et civilisations étrangères (LLCE) entièrement consacrée à l’anglais.

C’est en LLCE que j’ai découvert la traduction journalistique et littéraire. En L3, j’ai eu la chance de partir étudier dans une université anglophone à Montréal. Devant choisir les matières à étudier, j’ai notamment opté pour la traduction littéraire et scientifique, la terminologie et la traduction assistée par ordinateur (TAO).

Ces différentes matières auraient dû m’aider à trouver ma voie, mais :

  • Les cours de traduction suivis en France étaient totalement déconnectés du métier de traductaire, j’avais donc du mal à me projeter.
  • Les domaines de spécialité pratiqués en France et au Canada étaient trop éloignés de mes centres d’intérêt.
  • Je n’ai pas eu l’occasion de découvrir d’autres spécialisations possibles. Si on m’avait parlé de localisation de site web, j’aurais foncé !

Après la licence, j’étais donc persuadée de ne pas être faite pour la traduction.

Master Langue appliquée et stages en traduction

Si j’ai choisi le master Langue appliquée, ce n’était donc pas dans l’optique de devenir traductrice, mais par attrait pour les trois piliers du master : les langues étrangères, la linguistique et l’informatique.

Cependant, un détail a fait toute la différence : la traduction anglais-français était enseignée par trois traductrices et un traducteur en libéral. Leurs témoignages m’ont permis de découvrir la réalité du métier et de changer d’avis.

J’ai donc profité du master pour réaliser trois stages en traduction, dont deux auprès de mes profs de traduction et un dans une agence parisienne. J’avais aussi cherché des offres de stage en linguistique informatique, mais les annonces m’avaient donné (à tort) l’impression de ne rien savoir faire.

En cours comme en stage, j’ai pu pratiquer la traduction juridique (contrats, testaments…) et la traduction éditoriale (communiqués de presse, newsletters, articles…) qui m’ont beaucoup plu. En agence, j’ai surtout traduit de nombreux documents officiels (actes de naissance, diplômes…) à la mise en page complexe.

Première stratégie : la diversification

À la fin du master, je me suis mise à mon compte comme traductrice. J’ai tout de suite opté pour une stratégie de diversification : proposer un maximum de services linguistiques pour mettre toutes les chances de mon côté. J’ai même consacré une page de mon site à chaque service pour en optimiser le référencement.

En plus de la traduction, je proposais donc des services de :

  • révision et relecture, souvent proposés avec la traduction
  • sous-titrage, auquel je m’étais formée et entraînée sur la plateforme Amara
  • cours d’anglais, car j’avais fait du soutien scolaire
  • transcription, car je tapais vite (!)

J’ai même accepté une mission d’interprétation alors que je n’en proposais pas, une expérience inoubliable que je laisse désormais aux interprètes !

Au fur et à mesure, j’ai ainsi pu éliminer les services que je n’avais pas vraiment envie de proposer. Mais une rencontre inattendue m’a aussi permis de compléter mon offre par des services auxquels je n’avais pas pensé…

Premier imprévu : la génération automatique de texte

Pour développer mon activité, je devais me constituer un réseau. Dans ce but, j’ai commencé à participer à des événements professionnels à Toulon et à Marseille, et notamment dans les locaux de TVT Innovation. Lors d’un apéro de réseautage, j’ai rencontré le fondateur d’une société de génération automatique de texte, sous-domaine de la linguistique informatique.

Il avait développé, avec son associé, un programme qui permettait de rédiger automatiquement des annonces immobilières à partir de données telles que le type de bien, la ville, la surface, le prix… Cela m’a tout de suite intéressée et je lui ai proposé début 2016 une mission de correction de texte qui s’est transformée en réécriture du code avec ajout de phrases et variantes.

Petit à petit, je suis devenue la linguiste informaticienne de l’équipe. J’ai créé un second générateur dans un autre domaine, enrichi le générateur immobilier avant d’en créer une version anglaise plus limitée, puis commencé un troisième générateur dont le développement a pris fin.

J’ai eu une chance incroyable d’intégrer ce projet qui a fait de moi une développeuse PHP, quoique dans un domaine très précis ! Par la suite, j’ai pu mettre mes compétences en PHP à profit pour créer mon site. Grâce à cette collaboration, j’ai aussi participé à un accélérateur (programme d’accompagnement de startup) et obtenu un diplôme en gestion de projet.

Cette collaboration m’a permis d’approfondir des compétences utiles pour la traduction : recherches, organisation, rédaction, reformulation, relecture, mais aussi travail en équipe, communication, marketing, SEO… J’ai toutefois dû réduire mon implication début 2018, ce qui m’a permis de me recentrer sur la traduction.

Deuxième stratégie : la spécialisation

Ma deuxième stratégie consistait donc à me spécialiser dans la traduction juridique. Je traduisais déjà des documents dans ce domaine, mais sans formation en droit, j’avais de nombreuses connaissances à acquérir. Je m’intéressais surtout aux contrats, à la protection des données et au droit de l’informatique, qui sont devenus mes spécialités.

Pour me former, j’ai commencé par lire des articles et des livres sur le sujet avant d’assister à des webinaires et conférences juridiques. Après une première année à me former seule, j’ai suivi une formation en ligne sur 14 mois qui m’a permis d’obtenir fin 2020 la certification de traducteur juridique anglais-français.

Grâce à ces investissements dans la formation professionnelle continue, j’ai gagné en connaissances juridiques, efficacité dans mon travail, qualité de mes traductions, confiance en moi et légitimité auprès de mes prospects.

Ce changement de positionnement m’a permis de définir clairement le type de clientèle que je voulais servir. J’ai d’ailleurs refondu mon site pour m’adresser aux spécialistes du droit et du numérique. Mais une proposition arrivée pendant la formation m’a forcée à faire une entorse à ma stratégie…

Deuxième imprévu : la gestion de projet SEO

J’avais rencontré quelques années plus tôt un expert en référencement naturel (SEO) dont j’admirais autant les compétences professionnelles que les qualités humaines. Lorsque, fin 2019, il a eu besoin d’une personne pour l’assister dans un projet de référencement international, il a pensé à moi pour ma maîtrise de l’anglais, mais aussi pour mes connaissances en SEO.

  • Au début, je l’aidais à communiquer en anglais. Je rédigeais des e-mails, traduisais des documents et parlais à sa place lors d’appels en visio.
  • Il m’a ensuite confié le suivi du planning, puis certaines tâches SEO comme l’analyse de mots-clés et la mise en place de redirections.
  • J’ai également créé des générateurs de texte pour deux sociétés qu’il accompagnait.
  • Cette année, j’ai pris en charge la rédaction d’articles optimisés.

En plus de compétences déjà citées, cette collaboration m’a permis d’approfondir mes connaissances en référencement naturel par la pratique auprès d’un expert du sujet. Cela m’est très utile pour traduire et rédiger des contenus web.

Troisième stratégie : la complémentarité

À force de me l’entendre dire par des collègues, des clients et même quelques inconnus, j’ai fini par accepter que la force de mon profil résidait dans la diversité de mes expériences et la complémentarité de mes compétences. Mon positionnement était tout trouvé : une traductrice spécialisée dans les documents à la croisée du droit et du numérique.

C’est ce qui m’a permis de traduire la documentation juridique et technique d’une solution de mise en conformité en matière de protection des données. Un projet de près de 100 000 mots auquel je collabore encore régulièrement.

J’ai donc décidé d’étudier tout ce qui m’intéresse et de chercher des synergies ou de la complémentarité entre ces différents sujets. C’est ainsi que j’ai suivi une formation en rédaction web l’an dernier (tout en rédigeant des articles pour une agence) et commencé une formation en écriture inclusive au début du mois.

Quand le temps me le permettra, j’aimerais me pencher davantage sur :

  • le langage juridique clair et le legal design
  • la traduction SEO et la transcréation
  • l’impact environnemental du numérique, et notamment de mes métiers
  • l’utilisation de Python pour les tâches techniques en SEO

Et les collègues dans tout ça ?

Si j’ai toujours exercé à mon compte, je n’ai jamais été seule. Comme ces différentes expériences l’ont montré, j’ai même travaillé en équipe pendant plusieurs années, parallèlement à mon activité indépendante. Pourtant, je n’ai pas encore parlé de mes collègues traductaires, il est donc temps d’y remédier !

Aujourd’hui, les traductaires ont de nombreux moyens de se rencontrer :

  • les associations et syndicats professionnels, comme la SFT et Aprotrad pour les traductaires et interprètes, mais aussi des associations plus spécialisées comme l’ATAA (traduction audiovisuelle) et l’ATLF (traduction littéraire)
  • le Discord des traducteurs francophones (ou Tradiscord), une communauté bienveillante fondée il y a deux ans (et dont j’ai rejoint la modération en août) qui réunit plus de 800 traductaires en exercice et élèves en traduction
  • des groupes Facebook ou LinkedIn locaux, nationaux et internationaux
  • des conférences, ateliers, événements de réseautage…

Pour échanger et avancer en plus petit comité, je fais aussi partie :

  • d’un petit groupe de traductaires fondé l’an dernier qui se réunit chaque mois pour discuter de problématiques et avancer sur notre prospection
  • du Club de révision juridique anglais-français du Tradiscord fondé en début d’année avec une dizaine de traductaires
  • du Discord des rédactaires dont j’ai rejoint la modération en juillet
  • d’un mini collectif de traductaires juridiques en cours de création

Autant d’occasions d’échanger avec des collègues et de trouver du soutien lorsque le besoin s’en fait sentir. Il arrive même que des projets communs émergent de ces échanges, comme la série d’articles sur les recherches sur le web écrite avec mon confrère Jean-Christophe Helary.


En partageant mon parcours, je souhaitais montrer la diversité des métiers accessibles avec le master TILT et donner quelques exemples de stratégies envisageables lorsqu’on travaille pour soi. Si cet article vous a donné des idées ou si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’en faire part sur LinkedIn.

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