Traductions juridiques et informatiques

Apprentissage de la rédaction de contrat : parallèles avec la traduction

publié par Gwendoline Clavé le 5 septembre 2022

Droit Traduction » Rédaction de contrat Formation initiale Formation continue

also available in English

Sans remettre en cause l’utilité ou la nécessité des connaissances théoriques, de nombreux juristes déplorent une déconnexion entre les études de droit et la réalité de leur métier. En particulier, la formation à la rédaction et à la négociation de contrat serait insuffisante, voire inexistante : dans certains cursus, on n’aurait à lire ou rédiger aucun contrat avant d’entrer dans le monde du travail.

Extrait d’une publication LinkedIn de Jason Feng

« C’est quand même fou qu’en cinq ans d’études de droit, je n’aie jamais lu un contrat en entier. Alors évidemment, quand on m’a demandé de relire un contrat pour la première fois au travail, je ne savais pas par où commencer. » – Jason Feng

Surprise par ces témoignages, j’ai décidé de me pencher sur le sujet. C’était l’occasion d’établir certains parallèles avec l’apprentissage de la traduction.


Au programme


La pratique dans le monde du travail

Aux États-Unis comme en France, la formation initiale en droit met traditionnellement l’accent sur la théorie plus que sur la pratique. En particulier, les élèves doivent développer une culture juridique et s’approprier la méthodologie du raisonnement juridique afin de pouvoir l’appliquer dans tous les domaines, en tant que généralistes.

Certaines écoles proposent bien sûr des solutions pour permettre aux juristes en devenir de développer des compétences plus pratiques, comme les cliniques juridiques. Mais l’accent est rarement mis sur la rédaction des contrats et plutôt sur les litiges auxquels ils peuvent donner lieu.

Quelle que soit leur expérience, c’est donc logiquement en intégrant un cabinet ou le service juridique d’une entreprise que les juristes en formation ou qui viennent d’obtenir leur diplôme découvrent comment les contrats sont réellement rédigés :

  • en relisant des contrats rédigés en interne, en externe ou proposés par d’autres parties, ce qui les expose à diverses pratiques de rédaction – pour le meilleur et pour le pire !
  • en rédigeant des contrats alors soumis à des juristes ayant plus d’expérience pour correction et, idéalement, discussion des erreurs ou problèmes afin de progresser
  • en se basant sur des modèles de contrat ou en réutilisant (et adaptant) des clauses issues d’anciens contrats (les « precedents ») pour éviter de réinventer la roue

On pourrait donc considérer cet apprentissage « sur le tas » comme la suite logique d’études plus théoriques qui n’ont pas pour autant fait l’impasse sur le droit des contrats ou la rédaction juridique appliquée à d’autres types de documents.

Les juristes doivent par ailleurs se plier aux pratiques des cabinets d’avocats ou des services juridiques qui les emploient, et apprendre à connaître leur clientèle ou leur entreprise pour rédiger des contrats qui prennent en compte la situation précise de ces dernières et répondent à tous leurs besoins.

Des similarités avec la traduction

Contrairement aux professions juridiques, les traductaires suivent des formations variées. En France, le parcours classique consiste en une licence dans une ou deux langues étrangères (LLCE ou LEA) suivie d’un master en traduction, mais les possibilités sont très nombreuses.

Certaines personnes débutent d’ailleurs sans être à l’aise dans les langues qu’elles traduisent, sans avoir étudié les techniques de traduction ou sans connaître les logiciels d’aide à la traduction. Des lacunes qu’elles sauront pallier avec de la motivation et une bonne organisation.

Bien que les formations en traduction laissent une large place à la pratique, on peut établir un parallèle entre la formation des juristes et celle des traductaires, qui ne s’arrête pas une fois un diplôme en poche :

  • Les traductaires commencent souvent par relire des traductions et se faire relire par des collègues ayant plus d’expérience. Ce travail en binôme peut subsister au-delà de la phase d’apprentissage, car il contribue à la qualité de la traduction et à la formation continue de la personne qui traduit et de celle qui relit.
  • L’utilisation de modèles est envisageable dans des cas précis, par exemple dans la traduction de documents officiels ou d’audit. Mais chaque traductaire doit créer les siens et les formats varient beaucoup d’un pays ou État à l’autre et au fil du temps.
  • La réutilisation de clauses fait penser aux mémoires de traduction, qui permettent d’identifier, dans des textes déjà traduits, les phrases les plus similaires à celles à traduire, afin d’en réutiliser la traduction en l’adaptant si nécessaire.

Chaque traductaire doit également s’adapter à la structure qui l’emploie ou à sa clientèle, qui ont leurs propres processus et préférences, mais aussi se familiariser avec de nouveaux concepts, domaines ou types de document selon la nature des projets qui lui sont confiés.

Formation professionnelle continue

Que l’on soit juriste ou traductaire, on ne cesse jamais d’apprendre. Nous devons sans cesse suivre les évolutions de la langue ou du droit et de nos sujets de prédilection, mais aussi acquérir de nouvelles compétences pour nous renouveler.

La formation professionnelle continue peut prendre de nombreuses formes, nous permettant ainsi de nous former au rythme qui nous convient. Voici quelques formats envisageables :

  • des livres, ebooks et sites web
  • des formations en ligne ouvertes à tous (MOOC)
  • des ateliers, conférences et salons en distanciel, en présentiel ou hybrides
  • des programmes d’accompagnement d’entreprise sur plusieurs semaines ou mois
  • des formations longues comme une certification en un an ou un master sur deux ans

En matière de rédaction de contrat, de nombreuses ressources ont vu le jour pour remédier au manque de formations pratiques et opérationnelles.

  • En anglais, on peut citer les livres, formations et articles d’Alex Hamilton, Contract Nerds, How To Contract, Jeanette Nyden, Ken Adams, Tiffany Kemp, Weagree, Write.law avec Ross Guberman…

    Sans oublier les spécialistes qui ont participé à la première conférence How to Contract et les nouvelles têtes de l’édition 2023 baptisée ContractsCon !

  • Si vous cherchez plutôt des ressources en français, les MOOC « Rédaction de contrats » proposé par l’université de Genève et « Comprendre le droit des contrats de travail » par le CNAM valent le détour.

    Dalloz Formation, Elegia Formation, Francis Lefebvre Formation, Juri’Learn et bien d’autres proposent aussi des formations payantes.

Pour d’autres idées d’opportunités de formation professionnelle continue en traduction juridique et notamment en traduction de contrat, vous pouvez consulter mon parcours.

Manque de préparation ou séparation logique ?

Les études de droit et de traduction ne peuvent apporter qu’un socle de connaissances et de compétences. À mesure que les jeunes juristes ou traductaires progressent dans leur carrière, le besoin de développer ce socle par des formations spécialisées ou complémentaires se fait plus pressant.

Apprendre par la pratique est un bon moyen de développer des compétences et de se les approprier, d’autant plus quand on dispose déjà des connaissances théoriques nécessaires à une mise en pratique réussie, voire de l’avis de collègues ayant plus d’expérience.

En rédaction de contrat comme en traduction, le moyen le plus efficace de progresser reste de pratiquer et de se faire relire. Mais encore faut-il pouvoir le faire dans de bonnes conditions. Nous verrons donc dans de prochains articles comment bien se préparer à l’entrée dans le monde professionnel du droit ou de la traduction et comment mettre en place des relectures gagnant-gagnant.


Si vous souhaitez partager votre expérience de l’apprentissage de la rédaction de contrat ou de la traduction et, pourquoi pas, des astuces ou des ressources, vous pouvez le faire sur LinkedIn !

Icône flèche vers le haut